Vous le savez déjà, je fais partie depuis 2 ans avec quelques amies françaises d'une petite association "Mums Who Share", menée par d'extraordinaires femmes pakistanaises, et dont l'objet est de distribuer toutes les semaines de la nourriture aux travailleurs d'un des nombreux chantiers de construction de Dubai.
Peu après avoir perdu ses parents dans de difficiles conditions, l'une de ces femmes a perdu l'an dernier, le 15 janvier 2014, un frère, assassiné froidement pour avoir défendu des positions qui ont déplu à certains. Pendant des mois, nous n'avons plus vu Sabah sur le chantier ; sa peine et sa révolte étaient insurmontables. Elle a repris son rôle dans l'association à la rentrée de septembre.
Afin d'honorer la mémoire de son frère au premier anniversaire de sa mort, Sabah a rassemblé jeudi dernier chez elles amies et famille pour une matinée de "dua" (commémoration). A notre surprise, elle nous y a conviées, au même titre que ses amies proches.
Assises en cercle sur les tapis de son salon, nous avons prié ensemble, musulmanes, hindous, chrétiennes, pour la paix dans le monde, pour la tolérance entre les religions, pour les victimes du terrorisme, de tous les extrémismes et fanatismes. Au lendemain des drames à Paris, ce rassemblement a pris pour chacune une dimension symbolique très touchante, qu'exprimait une vive émotion partagée par toutes.
Sabah fut bien sûr très touchée de notre présence, mais sûrement pas autant que nous. Elle nous a dit ne pas être d'accord avec ceux qui disent "Ne faisons pas d'amalgames ; les terroristes ne sont pas l'Islam". En tant que musulmane, elle pense qu'il faut reconnaître que ces hommes sont le fruit de leur religion et qu'en conséquence l'Islam doit s'interroger profondément sur les enfants qu'il engendre. Nous lisons beaucoup de choses en ce sens en ce moment, mais c'est la première fois que je l'entendais de la bouche d'une personne musulmane (qui sont d'ailleurs les seules à pouvoir le dire...).
De tels moments de partage et de communion, bien que rares, participent à la richesse de notre vie ici.
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