A la faveur du congés annuel de l'Eid (fête 40 jours après la fin du Ramadan), nous venons de passer une magnifique semaine au Népal en compagnie de nos amis Delphine et Sébastien et de leurs trois enfants.
Petite carte ci-dessous pour vous aider à vous repérer dans le pays : nous avons atterri à Katmandou après 4h30 d'avion, nous avons roulé vers l'immense réserve naturelle de Chitwan au sud du pays, puis nous sommes remontés vers Pokhara au pied des Anapurnas, avant de voler (20 min !) à nouveau vers Katmandou pour y finir notre boucle. Ca y est, vous avez repéré l'itinéraire ? Alors c'est parti pour le voyage, suivez le guide !

Katmandou-Chitwan : 170 kms = 6 heures de route. Nous savions l'état des routes déplorable et appréhendions un petit peu ces inévitables longs trajets. Nous avions tort ! Il nous a en effet bien fallu 6h pour relier Katmandou à Chitwan, mais, loin d'être du temps perdu, cette première journée de route a finalement été une parfaite introduction au voyage et un magnifique moyen de commencer à découvrir ce pays. Nous avons vu de splendides paysages et avons aperçu au loin nos premiers sommets (sans nous douter encore que ce serait presque nos derniers !...) ; nous avons traversé multitudes de petits villages et de plus grandes villes ; nous avons assisté à des scènes de vie et de travail le long des routes et des chemins (comme le sacrifice et le dépeçage du mouton ou de la chèvre pour la fête de l'Eid) : premières couleurs, premiers visages, premiers sourires, ... Notre petit minibus était un poste d'observation privilégié pour avoir un aperçu des beautés que le Népal et ses habitants nous réservaient.
Chitwan, le pays des éléphants
Pour voir le rhino sans te faire mordre, clique sur son panneau !
Autrefois domaine des chasses royales, le site naturel du Chitwan est le plus grand parc national du Népal avec plus de 900km2 de forêt tropicale, savanes et plaines marécageuses que traversent plusieurs rivières. Il renferme une biodiversié impressionnante (68 espèces animales, 544 types d'oiseaux et 55 variétés d'amphibiens et reptiles) que notre guide nous avait promis de nous faire découvrir aux premières heures du jour dès le lendemain de notre arrivée.
Aux aurores, nous embarquons donc tous à l'arrière d'une sommaire jeep, direction la réserve, bien déterminés à dénicher toutes les espèces les plus rares et les plus cachées.
Notre voyage initiatique au sein du parc a commencé par une promenade en pirogue, c'est-dire-dire un tronc d'arbre creusé, de 4m de long, 50 cm de haut et de large. Maladroitement et dubitatifs à l'idée d'y tenir tous sans verser, nous y prenons place tous les 12 avec l'instruction de ne plus bouger et de ne plus faire un bruit afin que les animaux ne fuient pas... Setting parfait pour Timothée, qui au réveil n'a qu'une envie : ne pas bouger et ne pas faire un bruit. Mais comme d'habitude, il fut parfait tout au long de la traversée. Nous avons en effet aperçu plusieurs beaux oiseaux et les dos de deux gros crocodiles au repos sur les berges. Rien de plus pour cette première sortie, mais une ambiance un peu magique que cette pirogue glissant à fleur d'eau dans le silence et la brume de la jungle qui se réveille...
Nous avons poursuivi avec une visite à l'Elephant Breeding Centre, dont la vocation est d'augmenter le nombre d'éléphants domestiques dans le pays et d'encadrer leur reproduction afin de les préserver et de les protéger. Joie des enfants au contact des éléphanteaux ! Qui va à Chitwan ne peut ignorer les éléphants : il y en a plus de que vélos, motos et voitures réunis ! Les routes sont encombrées d'éléphants, montés de toutes les manières. Il semble que l'éléphant est un peu aux rues de Chitwan ce que la vache sacrée est à celles du Rajasthan !
Notre découverte du parc continue enfin avec une balade dans la jungle à dos d'éléphant -forcément !-. Moins délicate que l'embarquement dans la pirogue, l'installation au sommet de la bête n'en est pas moins sportive. Une fois encore, installation pas vraiment babyproof, mais une fois encore Ninou a été totalement parfait. Bien qu'avertis de tous les risques qu'une telle rencontre peut comporter, nous tendions vers un seul objectif : dénicher un rhinocéros unicorne, dont le parc abrite l'une des dernières populations mondiales. A l'affût du moindre bruit et du moindre mouvement de feuille, nos "sherpas" (elephant drivers ?) nous ont menés aux abords d'une petite mare de boue où somnelait un rhinocéros à l'allure bien inoffensive... Mais méfions-nous de l'eau qui dort, encore plus quand un gros rhino s'y baigne ! Nous avons poursuivi la balade à travers les feuillages et les branchages, veillant les uns sur les autres pour ne pas nous laisser sucer par les sangsues, très nombreuses et très gloutonnes dans ces coins-là. Alors que nous pensions la fin de la balade approcher, heureux d'avoir tout de même aperçu un bout de rhino en plus de plusieurs paons, biches, cerfs et autres volatiles de toute taille, mais pas complètement enthousiastes sur le résultat global de notre chasse, nous sommes arrivés dans une clairière peuplée d'éléphants (et donc de touristes), assemblés en cercle autour d'un énorme rhinocéros aussi placide et immobile que son copain du musée Grévin. Certes cette découverte au milieu des appareils photos et des touristes aussi ravis que nous manquait un peu d'authenticité et de spontanéité, mais la proximité immédiate avec une bête aussi puissante et massive n'en reste pas moins étonnante.
Nous avions donc fait le plein d'éléphants et coché les rhinos, nous pouvions savourer un bon spectacle local et partir sereinement vers notre prochaine étape !
Ledit spectacle avait pour vocation de présenter des danses traditionnelles (danse du paon et autres stick danses) d'une minorité ethnique locale, les Tharus. Nous avions hésité à y emmener Timothée pour le laisser dormir à l'hôtel. Et grand mal nous en aurait pris : il a été le spectateur le plus à fond et n'a cessé de danser, de taper des mains et de crier bravo pendant tout le spectacle. Inévitablement, nous avons tous fini sur scène en dansant au rythme des tambours, et encore une fois, je vous laisse deviner qui était le plus ravi ;-)
Pokhara, la porte vers le ciel... nuageux !
Deuxième étape de notre séjour après à nouveau plusieurs heures de route sinueuse et souvent en piteux état : Pokhara -850m d'altitude- bordée au nord par les sommets enneigés de la chaîne des Annapurnas. L'Himalaya compte 14 sommets au-dessus de 8000 mètres, dont 8 se situent au Népal. Le panorama s'annonçait grandiose et mythique, c'était sans compter l'arrivée de la queue du typhon qui était en train de s'abattre sur l'est de l'Inde et qui a repoussé vers nous nuages et pluie pendant trois jours... Les trois jours de notre séjour à Pokhara ! Ces pauvres indiens étaient bien sûr plus à plaindre que nous, et nous avons fait contre mauvaise fortune bon coeur, exploitant toutes les richesses de la ville plutôt que celles de ses hauteurs. Nous y avons entre autres visité plusieurs grottes, l'un des deux camps officiels de réfugiés tibétains et surtout l'immense musée de la montagne, où sont relatées toutes les différentes expéditions vers les sommets : images et récits bouleversants et émouvants de tous ces pionniers et amoureux fous de la montagne qui ont parfois donné leur vie en cherchant à dompter ces sommets démesurés.
Nous avons tout de même eu la chance de bénéficier de plusieurs heures de beau temps et de nous offrir ainsi le petit treck prévu dans la montagne. Ce fut sûrement pour moi l'un des temps forts du voyage : j'ai adoré me promener sur ces sentiers caillouteux au coeur de la montagne verdoyante, traverser de petits villages aux maisons pauvres mais coquettes et joliment entretenues, croiser les habitants, échanger des sourires ou quelques mots, répondre aux invitations des enfants à jouer, ... J'ai trouvé particulièrement pittoresques les cordes à linge présentes partout, chargées de vêtements multicolores, qui ajoutent de ravissantes couleurs à celles des fleurs, déjà splendides.
En 4 heures de marche, nous avons ainsi rejoint à pieds Sarangkot, où nous avons passé la nuit pour assister au lever de soleil sur les Annapurnas le lendemain. Ciel malheureusement toujours bouché, mais une éclaircie et une trouée de quelques secondes dans les nuages ont suffi à dévoiler le sommet du Fish Tail (Machapuchare 6993m), si loin et pourtant si haut dans le ciel, que la vue est saisissante et impressionnante, et qu'on imagine sans peine le panorama exceptionnel qui s'offre à la vue par beau temps ! (Pour nous consoler, nous avons acheté le poster...).
Notre ascension à Sarangkot nous a permis de retrouver là-haut un groupe d'amis, qui, moins chanceux que nous, avaient dû interrompre leur treck à cause de la pluie. La montée signa en outre la mort par épuisement de deux de nos paires de chaussures : celles de Matthieu et de Perline n'ont pas résisté aux variations de température et d'humidité entre Dubai et les sommets népalais. Elles ont rendu l'âme avant même notre arrivée. Notre courageuse Poupette a fini la balade, non pas les pieds à côté de ses pompes, mais ses pompes à côté de ses semelles !! Comme Matthieu, elle a donc poursuivi le voyage en tongues, ce qui n'était pas bien grave, puisque notre dernière étape nous rapprochait de la "civilisation" : Kathmandu !

Pour te rapprocher des sommets, clique sur le petit bout du Fish Tail dans les nuages !
Après avoir hésité entre Yeti Air et Buddha Air, nous avons finalement opté pour la plus spirituelle des compagnies nationales, convaincus que l'aide de Buddha ne serait pas superflue pour nous assurer un vol sans encombres... Ne serait-ce les 2 heures de retard au décollage, Buddha a bien fait son travail et nous avons atterri à l'aéroport de Katmandou comme prévu, 20 minutes après notre départ de Pokhara. Pendant ce temps, Pradip, notre charmant jeune chauffeur, mettait 9 heures pour faire le même trajet avec notre bus...
Comme en Inde, et surtout en arrivant de la quiétude des montagnes, le touriste est d'abord frappé à Kathmandu par l'effervescence et l'agitation permanentes, par la densité de population et la promiscuité, par la pauvreté et la saleté, par l'abondance de couleurs et d'odeurs, par la multitude de petits temples et lieux d'offrandes cachés dans les moindres recoins, par les entrelacs de fils électriques le long des moindres ruelles. Contrairement à l'Inde, le visiteur est aussi frappé par la diversité des visages, reflet d'une étonnante mosaïqe d'ethnies parlant plus de 75 dialectes différents qui explique que le Népal soit aussi nommé "la plaque tournante ethonologique de l'Asie". De la même manière, se mêlent en toute quiétude bouddhisme et hindouisme, que les fidèles confondent allègrement parfois jusqu'à vénérer les dieux du voisin sans aucune difficulté !
Nous avons commencé notre visite de Kathmandu par le site de Pashupatinah, l'un des lieux les plus sacrés du pays, un centre de pélerinage dédié au dieu Shiva. Le lieu est imprégné d'une atmosphère très particulière, en raison des crémations qui y ont lieu à longueur de journée le long de la rivière. Les scènes de pleureuses entourant les corps empaquetés portés par les hommes de la famille nous ont rappelé les rives du Gange à Bénarès... Une toute autre atmosphère, autrement plus chaleureuse et détendue, nous attendait à Bodhnath, l'un des plus grands sanctuaires bouddhistes de la vallée de Kathmandu, au centre duquel s'élève le plus grand stûpa du pays. Peuplé de nombreux tibétains ayant fui après l'invasion chinoise, ce quartier abrite aujourd'hui une cinquantaine de monastères, dont celui où séjourne régulièrement Matthieu Ricard ! Même ambiance, surpeuplée mais reccueillie et joyeuse, au temple de Swayambunath, considéré comme l'un des premiers sanctuaires bouddhiques au monde et qui abrite à son sommet l'un des plus anciens stûpas de la vallée.
La vallée de Katmandu renferme en effet de nombreux sites classés au patrimoine mondial de l'Unesco, dont les trois coeurs historiques et culturels du pays (anciennes villes royales et capitales des trois royaumes historiques) que sont les Durbar Square ("places royales") de Patan, Baktapur et Kathmandu. Nous en avions déjà eu un aperçu rapide à notre arrivée, alors que nous avions passé une première nuit dans une magnifique guest house vieille de 350 ans au coeur de Patan. Nous étions au retour logés à Baktapur dans une guest house certes typique et authentique, au point que nous n'avions pas de vitre à certaines fenêtres ajourées de notre chambre, qui donnait directement sur l'une des places centrales du site. Suivi ininterrompu et en direct de toute l'activité nocturne des lieux... Cela aussi fait partie de la découverte d'un pays ;-))
Plongés au coeur du Moyen-Âge, nous avons été séduits par l'atmosphère si particulière de ces trois centres historiques, par la beauté des monuments de briques, de pierres et de bois sculptés, par la majestuosité de ces immenses et innombrables temples. Chacune à sa manière, ces trois cités royales rivalisent de charme et de sophistication architecturale, qui laissent facilement imaginer leur grandeur passée.
Pour voir Kathmandu, entre dans le temple !
Que dire en guise de conclusion d'un tel voyage ?
Même si elle existe, la frustration de n'avoir pas admiré le mythique panorama des Annapurnas ne viendra pas ternir le souvenir de toutes les beautés que nous avons admirées et de toutes les rencontres que nous avons faites. Une fois de plus, nous avons tous tiré de grandes leçons de ce que nous avons observé autour de nous. La veille de notre retour, nous avons rendu visite à un orphelinat catholique de 18 jeunes enfants de 2 ans à 12 ans. Comme au Kerala et comme au Sri Lanka, ces moments fugitifs de rencontre entre ces enfants et les nôtres sont beaux et riches en matière à penser et à prier. Nous espérons, nous pensons, que les enfants auront eux aussi à leur manière vécu ce voyage comme une nouvelle occasion de s'ouvrir aux autres, de découvrir leurs richesses au coeur de leur pauvreté, d'accepter la différence et de goûter sa chance.
NDR : Si les enfants ont distribué du "Namaste!" les mains jointes à tour de bras, ils n'ont pas manqué de noter que le "merci" n'existe pas au Népal. Les personnes se remercient autrement, louent leurs qualités respectives ou se congratulent mutuellement, mais ne se disent pas "merci". Les enfants n'ont pas eu grand mal à adopter d'emblée cette particularité nationale et tout au long du séjour se sont régalés à nous refuser de bon droit de nombreux mercis !
NDLM (note de la maman) : Une fois encore, Timothée a été incroyable de flexibilité et d'adaptabilité. Il a été d'une souplesse rare, ne nous a jamais retardés ni ennuyés, s'est fait des amis partout et a aussi distribué des "Namaste" à qui voulait l'entendre, mais lui sans jamais refuser de "merci" à quiconque ;-)