Encore un déplacement riche en émotions et en expériences !!!!! L’objectif de ce voyage entrepris avec trois collègues était de faire un tour d’horizon de ce pays où nous venons juste de créer une société afin d’y développer notre activité. Rencontres de clients, de partenaires, visite d’une clinique sur place et visite d’une mine de bauxite sur laquelle nous avons un médecin et un infirmier… le programme est bien chargé !
Première prise de contact un peu musclée avec le pays : quelques tirs d’armes légères se font entendre à notre débarquement de l’avion. Nous apprenons alors un des classiques de l’alternance politique (le premier ministre d’opposition a été débarqué une semaine avant notre arrivée et remplacé par un fidèle du président) : bien que le paiement d’arriérés de solde ait été promis à des militaires par l’ancien gouvernement, le nouveau ministre sitôt en place leur dit « fume, c’est du belge » (et comme chacun sait, pour les belges y’en a plus !). Ma première découverte de Conakry est donc insurrectionnelle : sans être vides, les rues ne grouillent pas de monde, la circulation est fluide. Nos rendez-vous du lendemain sont en partie annulés et on nous conseille de rester cloitrés à l’hôtel, les mutins prévoyant de marcher vers le centre ville. Même si pour le moment les tirs sont dirigés vers le ciel, on ne sait jamais comment une telle situation peut tourner en pays africain… Enfin, après 24h d’incertitudes et quelques blessés par des balles perdues, la négociation aboutit, les militaires vont avoir leurs sous et nous allons pouvoir reprendre le cours de nos rendez-vous.
Le centre de Conakry me semble assez différent de Luanda. Moins de trafic (est-ce lié à la situation actuelle ?), bâtiments moins décrépits, beaucoup moins de vendeurs de rue mais en revanche présence permanente du football : des enfants et des adolescents jouent entre deux rues, le long des rues, dans des grandes étendues poussiéreuses qui ressemblent à des stades, à l’entrée des maisons ... Il est vrai que je n’en vois qu’un tout petit aperçu entre les bureaux de nos clients et le Novotel où nous passons le plus clair de notre temps. Je ne vois également pas de femmes enceintes dans la rue, et pourtant la natalité est similaire à celle constatée en Angola. C’est peut être un signe discret de l’islam dans ce pays musulman à 80%.
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Après l’arrivée un peu tumultueuse du lundi soir, le calme relatif du mardi matin et l’agitation du mardi soir, le mercredi a été une journée normale avec des rendez-vous clients intéressants. Le réveil jeudi matin est un peu brutal. Les mutins auraient pris brièvement l’aéroport dans la nuit… Les informations nous parviennent au compte gouttes, par le biais de notre partenaire guinéen, de nos clients qui ont un réseau bien en place, de notre expert sécurité basé à Paris et bien sûr de notre chauffeur qui nous rapporte ce qui se dit dans la rue… D’ailleurs la rue ne semble pas très affectée par les événements en cours. Seuls signes visibles : on voit un peu plus d’hommes portant des kalachnikovs (sans non plus qu’il y en ait partout) et surtout les portables sont vissés à l’oreille pour que chacun soit constamment informé des derniers développements. Nous allons voir un de nos clients qui n’a que 15 min à nous accorder car il essaye de faire sortir du pays des banquiers internationaux en visite pour l’un des projets en cours… Notre visite en Guinée commence à tourner en eau de boudin : rendez-vous annulés ou expédiés en 15 min, incertitude croissante sur la situation entre forces loyalistes et mutins…
Jeudi midi : nous apprenons que les rebelles (dont les pères aussi ont l’air mutin, c’est peu dire…) ont pris le pont qui coupe en deux la presqu’île qui forme le centre ville de Conakry. Air France a suspendu ses vols tant que la situation ne s’éclaircit pas. Il n’y a pas eu d’affrontement direct semble-t-il, le tout est de savoir s’il aura lieu dans les prochaines heures… Toute l’après-midi, les rues sont entièrement vides et tous les commerces fermés, et nous voyons des jeeps de l’armée régulière lourdement armées (affûts de 12,7mm et RPG) patrouiller partout. Nous ne sommes pas spécialement inquiets, étant claquemurés avec bon nombre d’étrangers au Novotel. Cette situation si typiquement africaine peut juste basculer dans un sens comme dans l’autre en un rien de temps. A ce stade, nous avons deux options : partir sur le site minier demain vendredi comme prévu ou écourter notre séjour et rentrer plus tôt, par n’importe quel vol ou en roulant jusqu’au Sénégal… Les rendez-vous de la journée sont annulés et nous passons l’après-midi reclus dans l’hôtel, heureusement pourvu d’un bar bien rempli et d’une piscine chambrée. Les informations, contre-informations et rumeurs se succèdent sans que nous sachions trop quoi penser. Encore une fois il est agréable d’être dans une société ayant une branche sécurité, car nous avons en permanence des informations plutôt fiables et une cellule de crise située à Paris et Londres commence déjà à plancher sur des scénarios d’exfiltration pour le cas où la situation s’envenimerait. L’hôtel est maintenant bondé et des nouveaux arrivants se pressent à la réception, avant de se faire refouler… Petite mesure de précaution : nous réglons nos chambres et confirmons la prolongation de la réservation jusqu’au lundi. Mes trois compagnons de voyage n’en sont pas à leur première crise africaine et nous racontent leurs diverses expériences en la matière… Après un diner bien arrosé, nous nous quittons sur un proverbe de circonstance : « Demain est un autre jour ».
Vendredi matin. La situation n’est toujours pas claire. Les mutins se seraient retirés de leur position stratégique en tirant en l’air, toujours à leurs demandes financières. Le gouvernement leur a bien promis de régler ces arriérés de solde mais il semble qu’il n’en ait tout simplement pas les moyens ! Nous décidons donc d’annuler de manière définitive notre visite de la mine de bauxite située à 150 km de Conakry et d’étudier les possibilités de partir. Alors que l’aéroport était fermé toute la journée d’hier, 3 vols sont annoncés aujourd’hui, vers Dakar, Abidjan et Paris. La moitié de l’hôtel se dépêche de partir attraper le premier vol… L’incertitude est plus forte que jamais, et nous commençons à prendre des dispositions pour organiser l’évacuation de nos clients présents à Conakry. Il faut maintenant être patient… Il est fascinant de voir l’importance de l’information dans ce type de situation. L’information est cent fois plus cruciale que l’action, qui se réduit souvent à une logistique rigoureuse et des principes à respecter strictement. Nous jonglons entre nos contacts à l’ambassade, chez nos clients, ou auprès de partenaires spécialisés.
Vendredi midi. L’avion d’Air Sénégal est parti vers Dakar ce matin, et il semble que le vol Air France soit confirmé pour ce soir. Nous avons des places réservées par notre agence de voyage interne. Vraisemblablement je partirai avec Richard tandis que Christophe et Laurent resteront sur place pour coordonner une possible évacuation en masse de nos clients (nous avons une dizaine de clients qui totalisent entre 100 et 150 membres). Encore une fois rien n’est définitif.
Vendredi après-midi. Le go est donné, le vol a décollé de Paris, et nous prenons nos dispositions pour le prendre avec 5 clients qui ont fait appel à nous pour les assister. Nous arrangeons le transfert vers l’aéroport avec un prestataire privé de sécurité, et deux 4x4 nous emmènent à toute allure vers le terminal international de Conakry. Les rues se remplissent à nouveau, mais cette fois les bérets rouges de la garde présidentielle sont plus visibles et affichent bien le contrôle qu’ils ont sur le centre ville… pourvu que cela dure ! L’enregistrement est … chaotique. Un sentiment pudique me retient de le décrire ici… Nous mettons trois heures à arriver au guichet en priant que nos places ne soient pas attribuées à d’autres. Finalement nous passons le contrôle de police avec le sésame (le papier, pas le pain). Nous entendons bien quelques tirs au loin, mais on nous apprend que ce sont des tirs de joie… Enfin l’avion arrive (à vide), nous embarquons direction la France avec un petit passage au Burkina Faso pour vérifier que Ouagadougou est toujours aussi belle de nuit.
Moralités :
1. En Afrique il est bon d’être bien informé
2. Il est meilleur d’être prudent !
3. Il est encore meilleur d’être patient !
Un bon apprentissage pratique d’une autre facette de l’Afrique ;-)
Première prise de contact un peu musclée avec le pays : quelques tirs d’armes légères se font entendre à notre débarquement de l’avion. Nous apprenons alors un des classiques de l’alternance politique (le premier ministre d’opposition a été débarqué une semaine avant notre arrivée et remplacé par un fidèle du président) : bien que le paiement d’arriérés de solde ait été promis à des militaires par l’ancien gouvernement, le nouveau ministre sitôt en place leur dit « fume, c’est du belge » (et comme chacun sait, pour les belges y’en a plus !). Ma première découverte de Conakry est donc insurrectionnelle : sans être vides, les rues ne grouillent pas de monde, la circulation est fluide. Nos rendez-vous du lendemain sont en partie annulés et on nous conseille de rester cloitrés à l’hôtel, les mutins prévoyant de marcher vers le centre ville. Même si pour le moment les tirs sont dirigés vers le ciel, on ne sait jamais comment une telle situation peut tourner en pays africain… Enfin, après 24h d’incertitudes et quelques blessés par des balles perdues, la négociation aboutit, les militaires vont avoir leurs sous et nous allons pouvoir reprendre le cours de nos rendez-vous.
Le centre de Conakry me semble assez différent de Luanda. Moins de trafic (est-ce lié à la situation actuelle ?), bâtiments moins décrépits, beaucoup moins de vendeurs de rue mais en revanche présence permanente du football : des enfants et des adolescents jouent entre deux rues, le long des rues, dans des grandes étendues poussiéreuses qui ressemblent à des stades, à l’entrée des maisons ... Il est vrai que je n’en vois qu’un tout petit aperçu entre les bureaux de nos clients et le Novotel où nous passons le plus clair de notre temps. Je ne vois également pas de femmes enceintes dans la rue, et pourtant la natalité est similaire à celle constatée en Angola. C’est peut être un signe discret de l’islam dans ce pays musulman à 80%.
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Après l’arrivée un peu tumultueuse du lundi soir, le calme relatif du mardi matin et l’agitation du mardi soir, le mercredi a été une journée normale avec des rendez-vous clients intéressants. Le réveil jeudi matin est un peu brutal. Les mutins auraient pris brièvement l’aéroport dans la nuit… Les informations nous parviennent au compte gouttes, par le biais de notre partenaire guinéen, de nos clients qui ont un réseau bien en place, de notre expert sécurité basé à Paris et bien sûr de notre chauffeur qui nous rapporte ce qui se dit dans la rue… D’ailleurs la rue ne semble pas très affectée par les événements en cours. Seuls signes visibles : on voit un peu plus d’hommes portant des kalachnikovs (sans non plus qu’il y en ait partout) et surtout les portables sont vissés à l’oreille pour que chacun soit constamment informé des derniers développements. Nous allons voir un de nos clients qui n’a que 15 min à nous accorder car il essaye de faire sortir du pays des banquiers internationaux en visite pour l’un des projets en cours… Notre visite en Guinée commence à tourner en eau de boudin : rendez-vous annulés ou expédiés en 15 min, incertitude croissante sur la situation entre forces loyalistes et mutins…
Jeudi midi : nous apprenons que les rebelles (dont les pères aussi ont l’air mutin, c’est peu dire…) ont pris le pont qui coupe en deux la presqu’île qui forme le centre ville de Conakry. Air France a suspendu ses vols tant que la situation ne s’éclaircit pas. Il n’y a pas eu d’affrontement direct semble-t-il, le tout est de savoir s’il aura lieu dans les prochaines heures… Toute l’après-midi, les rues sont entièrement vides et tous les commerces fermés, et nous voyons des jeeps de l’armée régulière lourdement armées (affûts de 12,7mm et RPG) patrouiller partout. Nous ne sommes pas spécialement inquiets, étant claquemurés avec bon nombre d’étrangers au Novotel. Cette situation si typiquement africaine peut juste basculer dans un sens comme dans l’autre en un rien de temps. A ce stade, nous avons deux options : partir sur le site minier demain vendredi comme prévu ou écourter notre séjour et rentrer plus tôt, par n’importe quel vol ou en roulant jusqu’au Sénégal… Les rendez-vous de la journée sont annulés et nous passons l’après-midi reclus dans l’hôtel, heureusement pourvu d’un bar bien rempli et d’une piscine chambrée. Les informations, contre-informations et rumeurs se succèdent sans que nous sachions trop quoi penser. Encore une fois il est agréable d’être dans une société ayant une branche sécurité, car nous avons en permanence des informations plutôt fiables et une cellule de crise située à Paris et Londres commence déjà à plancher sur des scénarios d’exfiltration pour le cas où la situation s’envenimerait. L’hôtel est maintenant bondé et des nouveaux arrivants se pressent à la réception, avant de se faire refouler… Petite mesure de précaution : nous réglons nos chambres et confirmons la prolongation de la réservation jusqu’au lundi. Mes trois compagnons de voyage n’en sont pas à leur première crise africaine et nous racontent leurs diverses expériences en la matière… Après un diner bien arrosé, nous nous quittons sur un proverbe de circonstance : « Demain est un autre jour ».
Vendredi matin. La situation n’est toujours pas claire. Les mutins se seraient retirés de leur position stratégique en tirant en l’air, toujours à leurs demandes financières. Le gouvernement leur a bien promis de régler ces arriérés de solde mais il semble qu’il n’en ait tout simplement pas les moyens ! Nous décidons donc d’annuler de manière définitive notre visite de la mine de bauxite située à 150 km de Conakry et d’étudier les possibilités de partir. Alors que l’aéroport était fermé toute la journée d’hier, 3 vols sont annoncés aujourd’hui, vers Dakar, Abidjan et Paris. La moitié de l’hôtel se dépêche de partir attraper le premier vol… L’incertitude est plus forte que jamais, et nous commençons à prendre des dispositions pour organiser l’évacuation de nos clients présents à Conakry. Il faut maintenant être patient… Il est fascinant de voir l’importance de l’information dans ce type de situation. L’information est cent fois plus cruciale que l’action, qui se réduit souvent à une logistique rigoureuse et des principes à respecter strictement. Nous jonglons entre nos contacts à l’ambassade, chez nos clients, ou auprès de partenaires spécialisés.
Vendredi midi. L’avion d’Air Sénégal est parti vers Dakar ce matin, et il semble que le vol Air France soit confirmé pour ce soir. Nous avons des places réservées par notre agence de voyage interne. Vraisemblablement je partirai avec Richard tandis que Christophe et Laurent resteront sur place pour coordonner une possible évacuation en masse de nos clients (nous avons une dizaine de clients qui totalisent entre 100 et 150 membres). Encore une fois rien n’est définitif.
Vendredi après-midi. Le go est donné, le vol a décollé de Paris, et nous prenons nos dispositions pour le prendre avec 5 clients qui ont fait appel à nous pour les assister. Nous arrangeons le transfert vers l’aéroport avec un prestataire privé de sécurité, et deux 4x4 nous emmènent à toute allure vers le terminal international de Conakry. Les rues se remplissent à nouveau, mais cette fois les bérets rouges de la garde présidentielle sont plus visibles et affichent bien le contrôle qu’ils ont sur le centre ville… pourvu que cela dure ! L’enregistrement est … chaotique. Un sentiment pudique me retient de le décrire ici… Nous mettons trois heures à arriver au guichet en priant que nos places ne soient pas attribuées à d’autres. Finalement nous passons le contrôle de police avec le sésame (le papier, pas le pain). Nous entendons bien quelques tirs au loin, mais on nous apprend que ce sont des tirs de joie… Enfin l’avion arrive (à vide), nous embarquons direction la France avec un petit passage au Burkina Faso pour vérifier que Ouagadougou est toujours aussi belle de nuit.
Moralités :
1. En Afrique il est bon d’être bien informé
2. Il est meilleur d’être prudent !
3. Il est encore meilleur d’être patient !
Un bon apprentissage pratique d’une autre facette de l’Afrique ;-)

2 comments:
waw ...
"James Bond, my name is Bond..."
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