25.5.23

En Colombie avec notre grand Paul

Nous vous en avions parlé, nous l'attendions avec tant d'impatience : notre escapade colombienne s'annonçait exceptionnelle, elle fut paradisiaque. 

Nous avons mis quelque temps à décider de notre itinéraire, pas évident à déterminer en raison de la courte durée de notre séjour (8 jours). Nous savions que la Colombie est un pays montagneux, où il est plus facile de se déplacer en avion. Or, nous n'avions ni l'envie de rester toute la semaine au même endroit, ni celle de prendre l'avion tous les deux jours. Par ailleurs, notre explorateur de fils ayant déjà visité pas mal des régions "incontournables", nous avons opté pour une solution radicalement différente : nous sommes certes partis en Colombie, mais avons surtout fait un voyage aux Caraïbes ! Nous avons en effet passé quatre jours sur l'île de Providencia, dans l'archipel de San Andres, au large du Nicaragua. J'y reviendrai.

Nous nous sommes déjà régalés d'un long vol, pendant lequel nous avons tous enchaîné les films avec avidité et gourmandise, et au terme duquel nous avons surtout retrouvé notre grand Paul, tellement heureux de nous revoir !! Il nous attendait avec son écriteau "Bienvenue à la famille Bustarret", son grand sourire, son bronzage et son petit sac de voyage minuscule. Nous arrivions blanchâtres et trainant derrière nous des bagages d'évidence déjà trop pleins. Nous avions une semaine pour rattraper le décalage d'état d'esprit et le retard de bronzage !! Côté état d'esprit, il nous a suffi de transiter vers le vol suivant pour nous sentir déjà pleinement réunis, pleinement en vacances et pleinement tournés vers la semaine qui nous attendait. Paul avait tout programmé, anticipé et réservé. Nous avons dans la foulée pris un vol pour Carthagène, où nous sommes arrivés tard, aux heures où la vie nocturne de la vieille ville fortifiée bat son plein. Notre petit "boutique hôtel" était idéalement situé, au coeur de la vieille ville, à deux pas des principaux centres d'intérêt. Nous avons passé la journée du lendemain à arpenter les vieux quartiers, à entrer dans les églises, à sentir déjà le mélange étonnant des cultures espagnole, latino-américaine et antillaise, à relire l'histoire de la colonisation et des horreurs de l'inquisition, à traverser le marché local (dont les étales de viande et de poisson, le bruit, la saleté, les odeurs et la foule oppressante resteront gravés dans la mémoire traumatique de Timothée !), à marcher le long des remparts pour finir la journée devant un magnifique coucher de soleil (le premier d'une belle série !) en sirotant nos premiers cocktails (les premiers d'une belle série !), en goûtant à la fraîcheur bienfaisante après la chaleur de la journée, et en observant et commentant avec amusement les tenues vestimentaires plus que suggestives des clientes de ce bar très en vue de la capitale... Le reste du voyage nous fera porter un regard interrogatif sur le rapport à la nudité et à la pudeur. Nous aurons de fréquentes conversations amusées avec les enfants sur la façon dont le corps d'expose et se montre en fonction des cultures et des sociétés... Intéressant !

Pour faire tes premiers pas en Colombie avec nous, clique sur Carthagène !

Rassasiés de visites et de musées, nous avons décidé de prendre un avant-goût de Caraïbes et de profiter de la journée du lendemain pour faire une première escapade au large de la ville, dans les eaux magnifiques de l'archipel del Rosario. Premières eaux cristallines, premiers plongeons au milieu de bancs de poissons multicolores, premiers coups de soleil, ... Ce premier bain d'Antilles a attisé notre impatience à rejoindre les Caraïbes, et surtout à nous éloigner des hordes de touristes pour profiter calmement de cette nature exceptionnelle... Ce que nous avons fait le soir-même par un vol d'1h30 entre Carthagène et l'île de San Andres, à 800kms de là. 

Si nous avons été amusés par la taille réduite de l'aéroport de San Andres, telle n'a pas été notre surprise de découvrir, dès le lendemain, celui de Providencia ! Jamais (à l'exception du Népal), nous n'avions atterri sur une piste aussi courte, nous n'avions fait l'objet d'aussi peu de contrôle en entrant sur un territoire, nous n'étions sortis d'un aéroport aussi facilement. Il faut dire que cette île minuscule (20km2, 18km de circonférence), à 30 min d'avion de San Andres, perdue au milieu de la mer des Caraïbes, difficilement accessible (en tout cas sans un certain coût logistique et financier), est relativement à l'abri des grands axes et épargnée par le tourisme de masse. 

Immédiatement pris en charge à notre arrivée par deux des rares voitures de l'île, nous avons été menés à notre maison, louée sur AirBnb et apparemment connue de tous. Spacieuse, lumineuse, face à la mer, elle correspondait en tout point au descriptif annoncé, jusqu'à Alicia, plantureuse mama antillaise, qui nous a accueillis avec la générosité et la spontanéité caraïbes. Elle aussi connue de tous, elle nous fut d'une aide précieuse pour organiser notre vie sur l'île. Quelques coups de fil lui suffirent pour que six scooters nous soient livrés dans le jardin, nous ouvrant les portes de l'île, que nous avions envie de découvrir sans tarder. Contrairement à sa grande soeur San Andres, dont les côtes sont bétonnées et les plages assaillies de touristes colombiens et américains, Providencia a conservé son authenticité, qui va cependant de pair avec une grande pauvreté. Dévastée par l'ouragan de 2020, l'île peine a s'en remettre, mais se reconstruit progressivement. Les maisons sont habillées de matériaux aux couleurs chatoyantes et variées, qui confèrent aux côtes et au paysage un aspect tout à fait unique et pittoresque. Nous rappelant les délicieuses balades au milieu des temples de Bagan en Birmanie, les enfants ont adoré goûter à cette liberté sans entrave sur leurs scooters ! Un bonheur pour nous tous que de faire ces tours de l'île, les cheveux au vent chaud, entourés d'un océan de bleus à perte de vue. Ces promenades familiales en scooters resteront probablement, pour des raisons propres à chacun, parmi nos meilleurs moments du séjour. Elles le furent en tout cas pour moi, qui fermais souvent la marche et avais donc devant les yeux la chenille familiale sur fond de carte postale. De splendides occasions de rendre grâce. (Je laisserai les garçons vous décrire leur nirvana de rouler torse nu, en caleçon et tongues, sans casque... du pur bonheur selon eux !).

Pour traverser Providencia en scooter avec nous, clique sur les torses nus !

Mais ils vous diraient aussi que ce bonheur n'avait d'égal que les plongées et sorties snorkeling que nous avons enchainées pendant quatre jours au large de l'île. Pris en charge par Felipe, une figure emblématique de l'île, un Robinson Crusoé des temps (pas si) modernes, à la tête de son club de plongée depuis l'âge de 13 ans, avec plusieurs dizaines de milliers de plongées à son actif, nous étions entre de bonnes mains. Pendant notre première plongée, Timothée s'est préparé à son baptême au bord de l'eau, puis il a embarqué avec nous dans la foulée, pour réaliser notre première plongée en famille complète : un bonheur ! Magnifique plongée au coeur d'un aquarium multicolore, rencontre avec un bébé requin et une énorme raie aigle, mais surtout, action de grâce de nous voir tous les sept, dans ces eaux splendides, au milieu de cet univers si magnifique. Un moment très fort pour moi. 

Pour plonger avec nous, clique sur le requin !

Ces quatre jours paradisiaques sont passés comme dans un rêve, au rythme du scooter, des plongées, des déjeuners au soleil, des apéros sur la plage et ... des transhumances des crabes noirs ! Phénomène propre à cette île, tous les ans, des dizaines de milliers de crabes noirs quittent les hauteurs des collines pour descendre vers la mer y pondre leurs oeufs. Pour l'occasion, l'armée est mobilisée, la route circulaire coupée et toute entrave au déplacement des crabes punie. Une courte pluie tropicale a déclenché la première migration de l'année, à laquelle nous avons eu la chance d'assister, subjugués par cette marée impressionnante et grouillante, dont les bruits dans les feuilles séchées revêtaient un caractère hitchcockien quasiment inquiétant... Une expérience unique !

Pour entendre les crabes migrer, clique sur eux !

La tristesse de quitter ce petit paradis hors du temps et de la civilisation fut rapidement compensée par notre impatience à découvrir le lieu de vie de Paul en arrivant à Bogota. Paul nous avait trouvé un magnifique petit hôtel plein de charme au coeur du quartier historique, que nous avons sillonné à pieds, entre le musée de l'or (splendide !), le musée Botero (que nous avons tous adoré !) et l'incontournable place Bolivar, coeur palpitant de la capitale. En raison de son altitude (2800m), la ville est vallonnée, l'air assez frais, le ciel souvent couvert. Nous avons cependant eu la chance de bénéficier d'une météo parfaite pendant ces deux jours, nous offrant un magnifique panorama de la ville depuis les hauteurs de la colline de Monserrate. Après un sympathique déjeuner avec Pablo, un ami colombien de l'Insead, et armés de solides recommandations, Paul a fait découvrir aux grands la vie trépidante d'un énorme marché où ils ont négocié des maillots de foot à rapporter en France. Le soir, Paul a initié ses frères (véto pour Perline cette fois !) à la vie nocturne en les emmenant dans la plus grande boite de nuit d'Amérique latine, d'où ils sont très sagement et raisonnablement rentrés tôt ;-)

Pour visiter Bogota avec nous, clique sur la Calle !

Bien que vigilants à rester dans les quartiers recommandés, nous étions désireux de nous écarter des parcours touristiques et d'aller à la rencontre des habitants, chose peu aisée au coeur d'une capitale comme Bogota. Paul, comme chez lui où qu'il soit, est parvenu à prendre contact avec "Breaking Borders", une association fondée par quelques mamans d'une ancienne favela, épuisées de vivre dans un quartier aussi miséreux et dangereux, et désespérées de perdre leurs maris, frères et fils sous les balles des trafiquants de drogue et des gangs ennemis. Ces femmes d'un courage exemplaire et animées d'une espérance inébranlable sont parvenues en quelques années à établir une certaine paix et un certain ordre dans ce quartier (limité à quelques rues, littéralement), où leurs enfants peuvent grandir plus en sécurité, protégés par des règles acceptées et reconnues de tous les habitants. Aidées par des dons spontanés (comme les nôtres) ou des aides négociées avec des structures privées, elles mettent progressivement en place des projets de réhabilitation, de rénovation, d'éducation, de formation, d'accompagnement, ... pour offrir à leurs enfants un nouvel avenir, ayant un horizon autre que le trafic de drogues et une mort prématurée. Avec une fierté aussi légitime que modeste, deux de ces mamans nous ont fait visiter leur quartier, nous ont expliqué sa transformation, la signification de chacun des magnifiques graffitis qui en ornent les murs. Elles nous ont accueillis avec une simplicité et une humilité désarmantes jusque dans l'intimité de leurs maisons, des taudis accrochés à flanc de colline, dont l'intérieur, radicalement indigent, traduit pourtant la richesse et la vitalité de leurs vies de famille. Si les enfants ont été très touchés par cette visite, j'en ai été, en tant que maman, profondément émue et admirative. Après la semaine absolument extraordinaire et hors du commun que nous venions de vivre, Martin et moi étions heureux que notre voyage se termine par une telle visite, ancrée dans une réalité si difficile, mais pleine de sens, d'humanité, d'exemplarité, de matière à réflexion et d'appel à la fraternité. 

Pour visiter la favelas apaisée, clique sur le quartier !

Nous avons laissé notre Paul à l'aéroport, bien triste de nous voir repartir, mais des projets encore plein la tête pour les semaines et mois à venir. Nous l'avons profondément remercié de nous avoir si bien guidés à travers le pays, de s'être adapté avec souplesse à l'inévitable inertie d'une famille, bien différente du rythme des voyages en solo ou entre copains, d'avoir géré avec le sourire la logistique et l'organisation, parfois lourdes. Nous avons été touchés par la patience et la gentillesse dont il a fait preuve envers chacun. Nous avons été émerveillés par sa débrouillardise et son esprit curieux des autres et ouvert à la nouveauté. Nous l'avons retrouvé grandi, mûri, enrichi d'une épaisseur nouvelle, fruit des nombreuses expériences et rencontres qu'il sait se créer depuis son arrivée en janvier. Dans son sillage, nous avons pu constater combien les enfants ont grandi depuis les derniers voyages que nous avons pu faire avec eux dans ce type de pays dépaysants et parfois déroutants. Ils font tous preuve d'adaptabilité, d'ouverture et de curiosité, si précieux et propices pour aller à la rencontre et à la découverte de l'autre. 

Cette semaine colombienne restera comme un temps fort dans notre vie de famille et, nous l'espérons, dans celle de chacun des enfants. Chacun en a mesuré le caractère exceptionnel, à plus d'un titre, et l'a vécue comme tel. Nous rendons grâce à Dieu pour ces réserves de joie, de rire, de complicité et de souvenirs. Des trésors à préserver précieusement. 

1 comment:

Anonymous said...

Top !!